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Salaires de l'actuariat et des métiers techniques de l'assurance

Actuaire, actuaire vie et non-vie, pilotage technique, comptabilité technique : les fourchettes 2027 et ce qui fait varier une rémunération.

Publié le 9 octobre 2026 · 6 min de lecture

Fixer la rémunération d'un actuaire ou d'un responsable du pilotage technique est l'une des premières décisions d'un recrutement, et souvent celle qui se révise en cours de route. Les grilles internes d'un assureur ou d'une mutuelle reflètent les autres postes de la direction financière, alors que les candidats se comparent à un marché étroit, où la qualification et la spécialité pèsent fortement. Une grille publiée permet au moins de partir de chiffres.

La source et son périmètre

Les fourchettes citées ici proviennent du baromètre des rémunérations de l'actuariat et de l'assurance publié par Entourage Recrutement en septembre 2026, dans son édition 2027. Trois précisions en encadrent l'usage.

Les montants sont des salaires bruts annuels. Le variable et les primes n'y figurent que lorsque l'échelon le précise.

Le périmètre couvre les petites et moyennes entreprises, les entreprises de taille intermédiaire et les jeunes entreprises en croissance, en France. Un grand groupe d'assurance coté peut se situer ailleurs.

Le baromètre présente ces grilles comme des indications de terrain, établies sur les mandats du cabinet. La taille de l'entreprise, son secteur et le périmètre exact du poste déplacent le chiffre réel.

Le domaine en quatre chiffres

Le domaine couvre cinq métiers, répartis en dix-huit échelons. La rémunération d'entrée médiane s'y établit à 45 000 euros, le plafond médian de carrière à 150 000 euros. Entre le premier et le dernier échelon, l'écart est de 3,4 fois.

Actuaire

C'est la grille la plus étendue du domaine, en haut comme en bas.

  • Actuaire junior (0 à 3 ans) : de 45 000 à 58 000 euros.
  • Actuaire confirmé (3 à 7 ans) : de 58 000 à 80 000 euros.
  • Actuaire senior (7 à 12 ans) : de 80 000 à 110 000 euros.
  • Responsable de l'actuariat ou actuaire en chef (plus de 12 ans) : de 110 000 à 180 000 euros et plus, variable et intéressement compris.

Actuaire vie et actuaire non-vie

Le baromètre publie deux grilles séparées, ce qui correspond à une réalité du marché. L'article 73 de la directive Solvabilité II interdit en principe à une entreprise d'assurance d'exercer simultanément les activités vie et non-vie, et les carrières suivent cette séparation.

Pour l'actuariat vie :

  • junior (0 à 3 ans) : de 45 000 à 58 000 euros, souvent en cabinet de conseil pendant les premières années ;
  • confirmé (3 à 7 ans) : de 58 000 à 82 000 euros, pour une personne autonome sur une chaîne de projection complète ;
  • senior ou lead (7 ans et plus) : de 82 000 à 115 000 euros, avec une expertise reconnue en gestion actif-passif ou en IFRS 17 ;
  • actuaire en chef vie : de 115 000 à 165 000 euros.

Pour l'actuariat non-vie :

  • junior (0 à 3 ans) : de 44 000 à 56 000 euros, en tarification ou en provisionnement, souvent sur une seule branche ;
  • confirmé (3 à 7 ans) : de 56 000 à 76 000 euros, pour une personne autonome sur un portefeuille et son tarif ;
  • senior ou lead (7 ans et plus) : de 76 000 à 105 000 euros, à la tête d'une équipe ou d'une expertise, comme les catastrophes naturelles ou la réassurance ;
  • actuaire en chef non-vie : de 105 000 à 150 000 euros.

Le baromètre rattache le dernier échelon de ces deux grilles à la fonction clé au sens de Solvabilité II. La fonction actuarielle est l'une des quatre fonctions clés du régime, avec la gestion des risques, l'audit interne et la conformité, et leurs responsables doivent satisfaire à des exigences de compétence et d'honorabilité, rappelle l'ACPR. C'est cette responsabilité, davantage que l'ancienneté, qui sépare le haut de la grille de l'échelon senior.

Pilotage technique

  • Pilotage technique confirmé (3 à 7 ans) : de 50 000 à 72 000 euros.
  • Pilotage technique senior (7 à 12 ans) : de 72 000 à 95 000 euros.
  • Responsable du pilotage technique (plus de 12 ans) : de 95 000 à 130 000 euros et plus.

Le baromètre décrit ces fonctions comme le suivi de la sinistralité, des provisions et de la rentabilité par produit, logées entre l'actuariat et la comptabilité. Il les juge peu visibles et difficiles à recruter, parce que leur intitulé change d'un assureur à l'autre.

Comptabilité technique

  • Comptable technique confirmé (3 à 7 ans) : de 48 000 à 65 000 euros.
  • Comptable technique senior (7 à 12 ans) : de 65 000 à 85 000 euros.
  • Responsable de la comptabilité technique (plus de 12 ans) : de 85 000 à 115 000 euros et plus.

À ancienneté comparable, de 3 à 7 ans, un comptable technique confirmé se situe en dessous d'un actuaire confirmé, dont la fourchette va de 58 000 à 80 000 euros. Le plafond de la comptabilité technique reste lui aussi en dessous de celui de l'actuariat.

Ce qui déplace une rémunération

Le baromètre retient quatre facteurs qui expliquent pourquoi deux profils de même ancienneté se paient différemment.

Le premier est la séparation entre vie et non-vie. Les modèles, les horizons et la réglementation diffèrent au point que le passage de l'une à l'autre suppose une reprise de compétence, rarement acceptée sur un poste senior. Ouvrir une recherche aux deux univers allonge le processus sans augmenter le nombre de candidats retenus, selon le baromètre.

Le deuxième est le diplôme. L'actuariat est l'un des rares domaines où l'établissement de formation continue de compter après dix ans d'expérience, parce que la qualification professionnelle y est adossée. Le baromètre y voit une part de l'explication de la tension sur les niveaux confirmés.

Le troisième est la réglementation. Les exigences prudentielles européennes ont installé des fonctions permanentes de modélisation, de provisionnement et de reporting réglementaire, que les assureurs doivent pourvoir rapidement. Le calendrier ne se desserre pas : la directive (UE) 2025/2, qui révise Solvabilité II, doit être transposée au plus tard le 29 janvier 2027 et ses dispositions s'appliquent à partir du 30 janvier 2027. Elle touche notamment la proportionnalité, la communication d'informations, les garanties à long terme et les risques en matière de durabilité.

Le quatrième est l'identification du pilotage technique. Faute d'un nom commun d'un assureur à l'autre, ces fonctions se recrutent mal. Le baromètre y voit l'un des rares cas où un cadrage précis du poste élargit le vivier au lieu de le réduire.

Le délai, une variable de prix

L'édition 2027 ajoute une observation sur le calendrier. L'assurance est, selon le baromètre, le secteur où l'écart est le plus grand entre le délai que les entreprises prévoient pour recruter et celui qu'elles constatent. Le vivier français d'actuaires expérimentés y est décrit comme dénombrable, largement en poste et très sollicité. Une entreprise qui a sous-estimé ce calendrier finit, toujours selon le baromètre, par arbitrer sur le prix.

Une grille donne un ordre de grandeur, elle ne fixe pas l'offre faite à une personne. La branche couverte, la responsabilité portée devant le conseil ou le superviseur, le nombre de référentiels comptables à tenir et la rareté du risque modélisé situent un candidat à l'intérieur de sa fourchette. Le candidat, de son côté, raisonne en net : la comparaison se fait sur des montants convertis.